Sur fond de crise économique, les États membres de l'Union européenne ont entamé des négociations afin de faire évoluer la politique agricole commune. Les États Unis sont dans la même situation et réfléchissent à l'avenir de leur politique agricole. Afin de faire le point sur les éléments connus et les hypothèses d'avenir, la chambre d'Agriculture a reçu, le 17 décembre dernier à Montardon, Thierry Pouch, responsable économique à l'Assemblée permanente des chambres d'Agriculture.
De nombreuses incertitudes pèsent sur l'avenir de la Pac. Toutefois, l'analyse du contexte politique et économique permet d'y voir plus clair. Thierry Pouch souligne d'abord le consensus des États européens sur les enjeux de la politique agricole à l'horizon 2020. Ce consensus est important dans le sens où il pose les bases du devenir de l'agriculture européenne. Les États s'accordent sur le fait que « la politique agricole doit permettre à l'agriculture de relever trois défis » explique-t-il. Le premier d'entre eux est économique. L'agriculture doit être en mesure de produire des produits alimentaires sains et en quantité suffisante (sécurité alimentaire), à des prix accessibles aux consommateurs. Le deuxième défi est environnemental, poursuit-il. Gaz à effet de serre, épuisements des sols, eau... L'agriculture a son rôle à jouer. Et enfin, le dernier est territorial. L'activité agricole est essentielle à la viabilité des espaces ruraux. La diversité de l'agriculture dans l'Union doit donc se maintenir.
Défendre le budget agricole européen
Si le consensus existe sur les objectifs, il est beaucoup moins solide sur les aspects budgétaires. Le récent sommet exceptionnel n'a pas permis de trouver de cadre budgétaire, bien au contraire. Si les États partagent la volonté de conserver une politique agricole forte, non renationalisée, basée sur deux piliers, le montant de l'enveloppe globale attribuée à l'agriculture dans l'avenir bloque aujourd'hui l'avancée des négociations. Actuellement, l'Union européenne consacre 40 % de son budget à l'agriculture. « Il s'élève à 435,5 milliards d'euros » précise Thierry Pouch. Dans un contexte économique de crise, cette base est remise en question. Pourtant, défendre ce budget est aujourd'hui un enjeu majeur des négociations. Ce problème de financement de la politique agricole n'est pas l'apanage de l'Union Européenne. Les États Unis sont confrontés aux mêmes problèmes budgétaires. Dans les deux cas, la raison est la même : c'est la crise économique qui a démarré en 2007.
Maintenir les outils de régulation des marchés agricoles
Ce contexte économique est déterminant à plusieurs titres. Comme on vient de le voir, il l'est pour fixer l'enveloppe qui sera consacrée à l'agriculture dans l'Union européenne. Il l'est également pour les outils qui seront mis en place dans le cadre de cette politique. Selon Thierry Pouch, la tendance économique mondiale conduit à une hausse globale des prix des matières premières, mais avec des phases de volatilité très fortes. Cette situation conduit, en l'état, à des variations importantes des prix et des volumes. « l'arrêt du démantèlement des outils de régulation marquerait une rupture positive avec les tendances passées », souligne Thierry Pouch. C'est l'un des enjeux de ces négociations. » Cette idée commence à faire son chemin mais ne recueille pour l'instant pas de consensus, poursuit-il. Et de nombreuses questions se posent : quels types d'outils ? privés ou publics ? Quels financements ?
De leur côté, les États Unis s'orientent vers un système de couverture des risques. « L'assurance deviendrait-elle l'outil de base aux USA » s'interroge-t-il. « Mais à quel coût pour l'État ? »
Côté environnemental, « l'enjeu est d'obtenir une aide complémentaire verte qui pourrait donner de la visibilité à la prise en compte des normes actuelles par les agriculteurs » explique-t-il. Cet enjeu est d'autant plus important que ces exigences environnementales pèsent sur la compétitivité des exploitations. « Depuis 2011, le Brésil est mieux placé que la France qui se trouve au 6e rang mondial en terme de compétitivité des exploitations » précise Thierry Pouch.
Jean-Michel Anxolabehere, président de la chambre d'Agriculture met l'accent sur cette question de la compétitivité et surtout de l'importance de se faire entendre. « Cette question du verdissement, nous ne pouvons pas aller contre. Par contre, nous devons dire nous-mêmes ce qui est bon et ce qui ne l'est pas afin de permettre de concilier les enjeux environnementaux, territoriaux et le maintien de la compétitivité des exploitations. »
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